Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 10:30

"[...] Nous croyons voir le mal dans les choses dont nous souffrons : c'est une preuve de notre égoïsme ; c'est aussi une marque de notre insuffisance. Le mal n'existe que par l'idée que nous nous en faisons, par la croyance que nous lui donnons : il n'existe qu'en nous. Et nous voyons le mal relatif, là ou nous somme incapables de voir un chaînon dans la suite du Bien universel. Toute erreur vient donc de notre insuffisance et de notre incapacité. Cette insuffisance vient donc de notre relativité, c'est-à-dire de notre forme, c'est-à-dire de notre division analytique, c'est-à-dire de la multiplicité des êtres. [...]"

La Voie Métaphysique, Matgioi

Par Abou Marwan - Publié dans : Métaphysique
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 09:01

  Ce fut la première fois que j'entendis le nom de Nestor, et ce fut le premier jour où je le vis. Je les suivis, après avoir rempli ma gibecière d'herbe exhilarantes, de médicaments renforçant le cœur et, par prudence, d'un réparateur pour l'estomac. Je fermai solidement la porte de ma cellule, puis nous allâmes ensemble, le vicaire avançant en tête. Nous marchâmes près d'une demi-heure ; cela fut suffisant pour faire tomber de nos visages, sous le soleil de midi, des perles de sueur. Je portais l'habit des moines de Jérusalem que m'avait offert le prêtre médecin, un mois plus tôt, comme marque de mon admission parmi eux. Un vicaire de Mopsueste nous accueillit à la porte et nous donna à boire de l'eau fraiche. Je le remerciai au nom du Seigneur. Lorsque j'entrai dans le lieu de séjour de l'évêque, je ressentis soudain que j'abordais une grosse affaire ; un long couloir s'y étendait, à l'extrémité droite duquel se trouvait une porte de laquelle me vint une voix d'une grande douceur :

Par Abou Marwan - Publié dans : Azazel
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 22:27

Un extrait du chapitre VI, "Le chaos social", de La crise du monde moderne, par René Guénon :

« Il serait trop facile de montrer que l'égalité ne peut exister nulle part, pour la simple raison qu'il ne saurait y avoir deux êtres qui soient à la fois réellement distincts et entièrement semblables entre eux sous tous les rapports ; et il ne serait pas moins facile de faire ressortir toutes les conséquences absurdes qui découlent de cette idée chimérique, au nom de laquelle on prétend imposer partout une uniformité complète, par exemple en distribuant à tous un enseignement identique, comme si tous étaient pareillement aptes à comprendre les mêmes choses, et comme si, pour les leur faire comprendre, les mêmes méthodes convenaient à tous indistinctement. On peut d'ailleurs se demander s'il ne s'agit pas plutôt d'« apprendre » que de « comprendre » vraiment, c'est-à-dire si la mémoire n'est pas substituée à l'intelligence dans la conception toute verbale et « livresque » de l'enseignement actuel, où l'on ne vise qu'à l'accumulation de notions rudimentaires et hétéroclites, et où la qualité est entièrement sacrifiée à la quantité, ainsi que cela se produit partout dans le monde moderne […] : c'est toujours la dispersion dans la multiplicité. »

Par Abou Marwan - Publié dans : René Guénon
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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 13:13

Un extrait du chapitre premier, "L'âge sombre", de La crise du monde moderne, par René Guénon :

  « Ce qu'on appelle la Renaissance fut en réalité, comme nous l'avons déjà dit en d'autres occasions, la mort de beaucoup de choses ; sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n'en prit que ce qu'elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s'exprimer clairement dans les textes écrits ; et cette restitution incomplète ne pouvait d'ailleurs avoir qu'un caractère fort artificiel, puisqu'il s'agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre de leur vie véritable. Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi totalement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme ; et, cette fois, rien ne devrait venir les remplacer. Il n'y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes », c'est-à-dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l'ordre le plus inférieur, l'étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l'accumulation d'hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vue fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne ; supériorité peu enviable d'ailleurs, et qui, en se développant jusqu'à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité. »

La crise du monde moderne, René Guénon

Par Abou Marwan - Publié dans : René Guénon
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 22:51

     Je les observais, ébloui, de la fenêtre de ma cellule. Je vis le cortège entrant par la grande porte de l'église comme un rassemblement d'anges descendus du ciel vers la terre. Le nombre de vicaires dépassaient la vingtaine, et les diacres approchaient les cent. Quant à ceux qui les suivaient, avançant derrière eux, innombrable. L'évêque Théodore semblait fatigué mais heureux. Je souhaitai traverser la procession et arriver droit sur lui, alors je lui aurais baisé la main et il m'aurait baisé la tête, comme cela advint à l'homme aux traits kurdes et aux habits damascènes. J'avais cet enfantillage, mais pas cette hardiesse. Le ciel savait ce qui était en moi, et par Ses voies célestes cachées, le Seigneur me permit, deux jours plus tard, la rencontre inespérée de l'évêque... Alors, le jour suivant, un vicaire d'Antioche et deux diacres vinrent au milieu de l'après-midi et me demandèrent de les accompagner au lieu de séjour de l'évêque, à l'est de la ville, pour le rassurer sur sa santé. Ainsi parlèrent-ils. Perplexe, je leur demandais aimablement si leur délégation n'avait pas un docteur en son sein ! Le vicaire répondit que le médecin de leur église était avec eux, puis ajouta avec douceur et d'un ton calme :

   - Mais le vicaire Nestor veut être davantage rassuré sur la santé du vénérable évêque Théodore.

Par Abou Marwan - Publié dans : Azazel
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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 22:28

L'Imam Abû Hamîd Al-Ghazâlî, que Dieu l'ait en sa miséricorde, a dit  :

   « A celui qui a été conduit par l'adoration constante de Dieu et la répétition assidue de Son nom, vers la vérité essentielle de la piété et la purification du soi des souillures du monde, se dévoilent les lumières de la connaissance (ma'rifa). Et les choses qu'il avait apprises par imitation servile deviennent chez lui objets de vision effective et de contemplation mystique. Telle est la réalité essentielle de la connaissance qui n'est obtenue qu'après la dissolution du nœud des fausses croyances, et l'ouverture de la poitrine à la lumière d'Allah, qu'Il soit exalté : « Celui dont Dieu a ouvert le cœur à l'Islam, n'est-il pas dans une lumière venue de son Seigneur ? (Coran 39,22)  ».

   Ayant été interrogé sur le sens de cette ouverture de la poitrine, le Messager, que Dieu le bénisse, répondit : « Il s'agit d'une lumière que Dieu projette dans la poitrine du croyant » ; on lui demanda : « Et quel en est le signe ? ». Il poursuivit alors : « Se détourner du monde des illusions et aspirer à celui de l'éternité ». Par cette parole, nous savons que le théologien (mutakallim) qui se passionne pour les choses terrestres et qui s'adonne sans frein à ses plaisirs n'est pas au fait de la réalité essentielle du savoir. S'il la connaissait, il se serait totalement écarté du monde des illusions. »

(Le critère de distinction entre l'islam et l'incroyance, Al-Ghazâlî, éditions Vrin, traduction Mustapha Hogga)

Par Abou Marwan - Publié dans : Islam
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Dimanche 31 juillet 2011 7 31 /07 /Juil /2011 19:56

 

    Parmi les nombreuses processions qui passaient près de moi, sur leur chemin pour visiter l'église, celles d'Antioche et de Mopsueste avaient une prestance particulière. Des dizaines de vicaires, de moines et de diacres, marchaient, vêtus de leur majestueux habits ecclésiastiques, sur un tapis de dignité. Ils étaient devancés par le porteur de la gracieuse croix, dont les bords étaient incrustés d'or. Sept pas derrière lui, avançait, sur le tapis de la révérence, l'exégète érudit, Théodore, évêque de Mopsueste1. Une foule abondante de croyants et de catéchumènes les suivaient, répétant d'une même voix : « Hosanna au fils de David, Hosanna au plus haut des cieux... Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient. »

1A cet endroit, il est écrit en arabe, sur la marge du parchemin, à l'aide d'un fin calame : « Parmi les prodiges qui m'advinrent, il y a que deux jours plus tôt, je vis dans mon sommeil Sa Sainteté l'évêque Théodore l’exégète, bénissant mon voyage vers Jérusalem, et m'invitant à m'y établir pour le restant de mes jours !... L'évêque est un des éminents pères de notre Église, et nous lisons encore dans nos monastères, ses commentaires sur les Saints Évangiles et les Actes des Apôtres. Ils sont écrits dans leur langue grecque d'origine, et nous ne les avons pas traduits, bien que nous saurions le faire, dans la langue des arabes (…) parmi lesquels nous vivons aujourd'hui et dont nous parlons la langue. »

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Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 16:09

   Les jours m'emmenèrent calmement, tendrement, monotones, dans Jérusalem, jusqu'à que passe l'hiver de l'an 140 des Martyrs, correspondant à l'année 424 après Jésus-Christ. La ville commença à se préparer pour les fêtes de la Glorieuse Résurrection et la Semaine Sainte. Je vis ainsi un surcroit de caravanes de marchands arabes s'installer sur la place s'étendant devant l'église. Les couleurs des marchandises se multipliaient sur les rayons, auparavant vides, des boutiques de la ville. Les gens étaient de bonne humeur, et mon cœur se troublait chaque fois que s'approchait la Semaine Sainte. Mes rêves continuaient à se succéder, avant l'aube, m'informant de la survenue prochaine d'une affaire grave, mais je chassais ces pensées de mon esprit. Peu avant la fête, le nombre d'arrivants malades me rendant visite augmenta... Beaucoup d'entre eux souffraient des maux du voyage, en particulier les personnes âgées. Je les soignais avec de quoi leur rafraichir le corps, et avec les médicaments que les médecins appellent « réjouissements du cœur », sans leur faire changer leurs habitudes alimentaires, sauf à la mesure de ce que je leur prescrivais pour stimuler leur vigueur.

Par Abou Marwan - Publié dans : Azazel
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Mercredi 29 juin 2011 3 29 /06 /Juin /2011 10:43

 

« Les phénomènes naturels en général, et notamment, les phénomènes astronomiques, ne sont jamais envisagés par les doctrines traditionnelles qu'à titre de simple mode d'expression, comme symbolisant certaines vérités d'ordre supérieur ; et, s'ils les symbolisent en effet, c'est que leurs lois ne sont pas autre chose, au fond, qu'une expression de ces vérités mêmes dans un domaine spécial, une sorte de traduction des principes correspondants, adaptée naturellement aux conditions particulières de l'état corporel et humain. On peut comprendre par là combien grande est l'erreur de ceux qui veulent voir du « naturalisme » dans ces doctrines, ou qui croient qu'elles ne se proposent que de décrire et d'expliquer les phénomènes comme peut le faire la science « profane », bien que sous des formes différentes ; c'est là proprement renverser les rapports et prendre le symbole lui-même pour ce qu'il représente, le signe pour la chose signifiée. »

René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdanta, Paris 1976, (page 174, note 1).

Par Abou Marwan - Publié dans : René Guénon
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 23:57

 

    Les moines et prêtres qui servent l'église de la Résurrection sont bons et simples. La plupart d'entre eux se rapprochèrent de moi quand ils surent que j'exerçais la médecine et l'art de la thérapeutique... Ils se désintéressèrent du fait que je sois poète. Les serviteurs de l'église, les diacres et les jeunes vicaires prirent l'habitude de me témoigner de l'affection et de me consulter pour me demander des médications. Quant aux vicaires plus âgés que moi et les vieux moines, j'allais à eux, à l'intérieur de l'église, quand ils me convoquaient.

    La plupart des maladies de la population de Jérusalem étaient dues à l'aridité et au manque de diversification alimentaire. Leur seule nourriture, la majorité du temps, était composée d'huile d'olive, de pain de son confectionné avec de la farine complète, non blutée, de fromage de chèvre et de fruits pauvres... La vie des gens à Jérusalem est rude, l'air de la ville est doux en été, la plupart des journées, mais d'un froid vif la nuit et en hiver.

    Quand mon âme se calma un peu quelques mois après mon installation, et quand s'apaisa mes doutes, avec la multitude de croyant m'entourant, je me mis à composer des chants d'église, en syriaque, m'inspirant de l'esprit céleste qui enveloppe le lieu et l'emplit de crainte révérencielle... Parmi les vers de ce temps-là, mes paroles dans un long hymne :

    « D'ici est apparue la lumière du Ciel,

    Elle écarta les ténèbres de la Terre, et délivra les esprits de l'affliction.

    D'ici s'est levé le soleil des cœurs,

    Avec l'éclat du Rédempteur, flamboyant de miséricorde, sur la Croix du Sacrifice.

    Et qu'est-ce que la Croix ?

    C'est le poteau vertical de la sainteté que croise le poteau de la miséricorde.

    Ouvrons donc nos bras à l'horizon de la miséricorde, et redressons-nous en présence de la sainteté.

    Nous serons une croix qui portera sa Croix,

    Et qui suivra Jésus. »

Par Abou Marwan - Publié dans : Azazel
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