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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 20:41

 

    « Quand nous atteignîmes Istanbul j'étais presque mort de mal de mer ; ce qui aggravait encore mon état c'était que, à ce moment-là, je n'avais pas un seul ami à Istanbul pour me prendre en main, et j'étais si ignorant de la langue turque que je me trouvais très embarrassé pour dire la chose la plus simple.

    « Un jour après mon arrivée, je me promenais dans les faubourgs de la ville quand soudain un homme prit ma main, me salua en excellent arabe, me demanda mon nom et d'où je venais. Je lui dis qui j'étais ; lui n'était autre qu'une autorité en droit islamique d'Alger, un homme de la famille du Prophète. A ce moment-là, j'avais le très vif désir de visiter la capitale du califat, je me mis donc entre ses mains et il m'aida beaucoup en me montrant ce que je désirais voir. Mais je ne pus satisfaire complètement ma soif à cause des insurrections dans lesquelles le califat se trouva engagé et des troubles qui devaient bientôt éclater entre le peuple turc et leur prétendue « Jeunesse de la renaissance » ou « Jeunesse réformiste ». Ce mouvement était dirigé par de nombreux individus que le gouvernement avait bannis et qui s'étaient, par conséquent, disséminés à travers différents pays d'Europe où ils avaient lancé des journaux et des revues dans la seule intention de critiquer le gouvernement et d'exposer ses faiblesses aux yeux des puissances étrangères ; des arrivistes trouvèrent dans ce mouvement subversif des meurtrières et des portes par lesquelles ils se frayèrent un chemin et parvinrent à leurs fins. C'est ainsi que le califat fut condamné à voir son souverain arrêté et jeté en prison, tandis que la « Jeunesse de la renaissance » entreprenait un peu partout ses œuvres, avec une brutalité absolument sans borne, jusqu'à ce qu'à la fin elle fût parvenue à accomplir ses desseins ; la signification de leurs « renaissance », « patriotisme », « réforme » devint alors aussi claire que le jour pour quiconque avait des yeux pour voir. Mais je ne veux pas en dire plus : ce que les kémalistes ont fait me dispense de retracer pas à pas cet avilissement.

    «  Je fus convaincus que le séjour que j'avais espéré faire en ces lieux n'était pas réalisable pour diverses raisons dont la principale était que je sentais l'imminente transformation du royaume en république et de la république en tyrannie sans principes. Je retournais donc en Algérie, avec le sentiment que mon retour était le fruit suffisant de mes voyages, même si je n'avais obtenu rien d'autre, et, en vérité, je n'eus l'âme en paix que le jour où je mis le pied sur le sol algérien ; je louai Dieu pour le comportement de mon peuple, pour sa constance dans la foi de ses pères et de ses aïeux et parce qu'il marchait sur les traces des hommes pieux. »

    Extrait tiré de l'autobiographie du cheykh Ahmad al-'Alawi, cité dans Martin Lings, Un saint soufi du XXe siècle.

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Published by Abou Marwan - dans Islam
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