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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 20:24

 

[…] Mon grand-père trouva le calcul mesquin, indigne d'un enfant éveillé et pieux. Ce n'était pas ça agir en dégourdi ! Il préférait me voir aller au cinéma et apprendre par cœur l'aya plutôt que de la porter en collier.

   - L'aya du Trône est une révélation qui vit dans la récitation fervente, me dit-il pas dans un colifichet ! Les caractères gravés n'ont de sens que par la voix fervente qui les anime dans le cœur du croyant. C'est la voix, organe divin – Dieu l'accorda à Adam à bon escient –, qui façonne l'âme en l'ouvrant aux mystères de la lettre. Apprends l'aya dès maintenant. Tu la réciteras dans le besoin et la peine et tu verras comme elle agit. Son secret t'illuminera à ton grand étonnement ; mais ce n'est pas un envoûtement. Ses formules opèrent au-delà de la simple magie des hommes parce qu'elles nous installent immédiatement dans la confiance de Dieu. C'est là une belle amitié. Tu ne saisie peut-être pas très bien ce que je dis là mais je vais te raconter une histoire d'autrefois : il y avait – peu importe où, la terre de Dieu est vaste ! – une nuit, un cavalier. Il était perdu et loin des siens. Il chercha vainement dans le coin désert où il se trouvait, quelque peu inquiet, un abri pour passer la nuit. Vois-tu, mon fils, les fantômes des ténèbres n'existent pas mais la crainte des ignorants les rend redoutables. Il faut que tu saches, dès maintenant, que le monstre le plus terrifiant de la création a été engendré par Adam. L'homme abandonné à lui-même est à craindre parce qu'il ne connaît pas ses besoins ni ses limites... C'est Pharaon qui se prétend Dieu ! Tu as encore le temps de le découvrir... Le cavalier ne trouva donc rien. Finalement, il descendit de cheval et, tirant son épée, il traça un cercle autour de lui et de sa monture en récitant l'aya du Trône. L'assistance de Dieu était appréciable dans la solitude. Rassuré, il dormit là. Dieu lui bâtit une grande maison pour l'abriter mais il y laissa une fenêtre ouverte parce que l'homme, dans sa hâte, avait oublié un mot de l'aya. Quand je te dis toujours qu'il ne faut jamais se précipiter ! Un seul mot ! Il n'y a de hasard que pour les incrédules !... Cette même nuit, un groupe de brigands – car il n'y avait plus de calife ni de loi et l'insécurité régnait dans le monde de l'Islam, Dieu nous préserve de la discorde ! – passa près de l'endroit. Ils aperçurent la maison éclairée et la fenêtre ouverte. Intrigués, ils s'en approchèrent sans faire de bruit. C'était une aubaine. Ils voulurent la dévaliser sur-le-champ. Cependant, ils ne purent ni en forcer la porte ni s'introduire par la fenêtre. La maison avait comme une protection magique. Elle repoussa leurs assauts. Un des bandits ne réussit, et difficilement, qu'à dérober la bride richement brodée du cheval en passant le bras par l'ouverture. Rien d'autre !Le lendemain matin, le cavalier fut tout étonné de constater que la bride de son cheval avait disparu. Il fouilla partout où elle aurait pu tomber par mégarde, il ne la trouva pas. Il réexamina attentivement ses affaires. Il n'y avait que cet objet – précieux certes ! mais le cheval, l'épée ou la bourse l'étaient davantage – qui manquait dans l'inventaire. Il douta presque de cette disparition étrange. C'était incompréhensible. Il avait bien dénoué la bride la veuille... L'homme ne se pose jamais les questions appropriées !... Lorsqu'il arriva chez lui, il se rendit aussitôt à la zaouïa voir le maître Shâdhilî et lui raconta son aventure. « Récite-moi l'aya », dit le maître. Le bonhomme se mit à réciter. Soudain, le maître l'arrête au milieu de sa récitation. « Tu as sauté un mot ! dit-il ; tu récites trop vite. Dieu a gratifié l'intention pure, seulement ton omission a été sanctionnée pour que tu saches et te remémores. C'est une chance que tu as. Les incrédules disent : Qu'est-ce que Dieu a voulu signifier par cette parabole ? Il lui recommanda de la réciter en expiation tous les jours qui lui restaient à vivre en invoquant le Bien-Aimé et le Porte-Etendard, Maître de Bagdad, pour l'intercession.

    Et le cavalier, ébloui, glorifia Dieu, qu'Il soit glorifié !

 

   Habib Tengour, Gens de Mosta, Sindbad Actes Sud

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Published by Abou Marwan - dans Littérature
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