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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 21:05

    Au sein de chaque religion également, il y a toujours diverses possibilités qui tiennent compte des grandes différences entre les individus. La vie de celui qui est en perpétuel pèlerinage, par exemple est évidemment très différente, en apparence, de la vie de celui qui psalmodie un texte sacré ou invoque un Nom Divin, perpétuellement retiré du monde ; il y a aussi le cas de celui dont la vie est pénétrée par l'invocation ou la méditation, ou même par les deux, mais qui, extérieurement, travaille pour assurer sa subsistance ; une telle existence peut quelquefois être interrompue par un pèlerinage ou une retraite spirituelle. Mais quelles que puissent être les différences extérieures, l'objectif est, au fond, toujours le même : c'est le dépassement de l'individualité humaine, au moyen d'une Grâce obtenue par l'adoration, afin de reprendre contact avec l'Esprit. Il est même permis de dire que l'aspiration religieuse, à son plus bas niveau, c'est-à-dire le minimum légal accompli par peur de la damnation, a cet objectif en vue, tout au moins indirectement, car le salut mène à la purification qui elle-même ouvre la voie vers la sanctification.

    Jusqu'à une époque très récente, telle était l'orientation de l'homme partout dans le monde : les « embarcations », emportées ou non par la force du courant, remontaient toutes, pour ainsi dire, à contre-courant. Mais, au cours des deux derniers siècles, il vint un moment – qu'il serait difficile de situer avec plus de précision – où, faute de l'effort minimum exigé pour maintenir les proues dans la bonne direction, un certain nombre d'embarcations qui étaient entraînées à reculons par le mouvement des eaux, furent déviées de façon à présenter leurs flans au courant et à se trouver, en quelques sortes, dépourvues d'orientation ; à partir de cette situation insoutenable de doute, d'incertitude et de désespoir, il ne fut pas difficile au courant de leur faire faire volte-face de manière à ce qu'ellessuivent désormais le sens de leur dérive. Avec des cris de triomphe, les équipages de ces embarcations déclarèrent « avoir enfin progressé » et invitèrent ceux qui luttaient encore contre le courant à « se libérer des chaînes de la superstition » et à « marcher avec leur temps ». Un nouveau credo fut rapidement inventé, et cependant on n'a que très rarement examiné en détail ce qu'il sous-entendait, à savoir que les efforts millénaires déployés par les hommes pour remonter le courant, c'est-à-dire les efforts « réactionnaires » ou « rétrogrades », avaient été faits en pure perte, ayant été totalement inutiles et sans objet ; toutefois, « en dépit de tout ce que les réactionnaires ont pu faire pour retenir le genre humain dans la sombre nuit de l'ignorance, les éléments progressistes de l'humanité se sont peu à peu frayé leurchemin », de telle sorte que nous voici arrivés à ce qu'un homme politique, au début du siècle, qualifia de « glorieux matin du monde ».

    Pendant ce temps-là, il rendent leur « doctrine » plus vraisemblable en annexant la plupart des hommes éminents du passé et en prétendant que ceux-ci ont agi et pensé en conformité avec leurs propres opinions. Les révolutionnaires ne sont pas les seuls à être acclamés pour avoir été les champions du progrès de leur époque, c'est le cas également des grandes figures spirituelles. Sans se rendre compte que leur mission consistant, en fait, à ramener les hommes à la perfection primordiale dans laquelle fut créée l'humanité, ils déclarent que le Bouddha, le Christ et Mahomet furent « très en avance sur leur temps ».

Martin Lings, Croyances anciennes et superstitions modernes (p. 55-56)

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Published by Abou Marwan - dans Spiritualité
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