Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 21:43

 

   La plus récente des solutions providentielles au problème du gouvernement a été, il y a mille quatre cents ans, la fondation, à Médine, de l’État islamique primitif, donc le succès à ses débuts tient du miracle. Sa perfection initiale a cependant été de courte durée, mais, grâce à des archives détaillées, elle demeure aujourd’hui encore l'idéal, l'exemple et le critère. Aucun effort n'a été épargné pour la maintenir vivante dans la mémoire des hommes, et en un sens, c'est d'elle que l'Islam a vécu au cours des siècles. Incarnant pour ainsi dire les pratiques et directives de l'Envoyé de Dieu, cet idéal constitue la deuxième autorité spirituelle de la religion, la première étant la Révélation elle-même. Et la troisième, incomparablement moindre que les deux autres, sans aucun pouvoir pour promouvoir quelque changement fondamental que ce soit, réside dans un certain consensus des Musulmans eux-mêmes, de ceux dont l'option est sûre. Mais si l'Islam ne confie que peu d'autorité spirituelle à l'être humain, ce peu concerne tout le monde : c'est pourquoi on entend quelquefois affirmer que tout homme y est prêtre. De toute façon, l'Islam ne connaît pas la laïcité, donc ne coupe pas le pouvoir politique du pouvoir religieux, et on ne peut nier qu'il existe encore dans une multitude d'individus à travers le monde musulman une conscience aiguë et rigoureuse de ce que Dieu a ordonnée et de ce que le Prophète a recommandé. Après les quatre premiers califes, que l'on continue à révérer comme des saints, les plus hautes fonctions ont été occupées par des hommes dont un nombre relativement restreint étaient des justes. Le diction « Le pouvoir et le Paradis ne vont pas ensemble » en est venu très vite à être presque considéré comme un truisme. Mais la pénurie de chefs exemplaires n'a pu ébranler pour autant la structure immuable et adamantine de cette société théocentrique. Grâce à elle, et grâce à cette vigilance spirituelle largement répandue parmi les croyants, le monde de l'Islam a été capable de résister à certaines dures épreuves. Un conquérant païen comme Houlagou, petit-fils de Gengis Khan, a pu balayer la Perse, l'Irak et la Syrie, raser Bagdad, alors siège du califat, sans y laisser pierre sur pierre, et passer la plus grande partie de ses habitants au fil de l'épée, y compris le calife et toute sa famille – pour quel résultat ? En 1258 de notre ère, ces pays n'étaient gouvernables que d'une seule façon, et vers la fin du siècle, la dynastie mongole était devenue la championne de l'Islam et l'éclatante protectrice de ses arts. Telle est aussi la destinée qui attendait Tamerlan, conquérant peut-être encore plus destructeur, et ses successeurs du siècle suivant.

La Onzième Heure, Martin Lings

Partager cet article

Repost 0
Published by Abou Marwan - dans Islam
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Abou Marwan
  • Abou Marwan
  • : Extrait d'ouvrage sur l'islam, le soufisme et la métaphysique
  • Contact

Recherche