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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 15:44

 

  La vocation de médecin a encore, sans contexte, le caractère sacré que possède toute réponse apportée à un besoin urgent ; et l'on pourrait soutenir que cela s'applique aussi à son savoir, en dépit de son caractère profane intrinsèque, car bien que la plupart des inventions modernes ne soient pas « nécessaires », quelque-unes le sont, et en particulier celles d'ordre médical. Si un homme du lointain passé pouvait revenir, qu'est-ce qui le frapperait le plus, l'habileté de nos dentistes, par exemple, ou l'état de pourriture de nos dents ? On pourrait même dire que, dans un monde monstrueusement surpeuplé et perclus de maladies, où l'augmentation des cas de mauvaise santé est proportionnelle à la raréfaction des êtres doués pour pratiquer une science sacrée, il est besoin, en particulier, de la médecine moderne, c'est-à-dire d'une science qui ne se montre pas trop exigeante quant aux qualifications et que l'on peut enseigner à un grand nombre d'hommes et de femmes pouvant être formés et organisés pour affronter la crise.

   Il est cependant extrêmement peu probable que nos ancêtres eussent admis tout ceci. Ils auraient certainement soutenu, en tout cas, que le point de vue humaniste, qui a permis le développement de la médecine moderne, a lui-même donnée naissance à beaucoup de maladies qui exigent un traitement médical. Il n'aurait pas nom plus échappé à leur attention que, comme l'humanisme en général, cette manifestation particulière de l'humanisme – et la même chose s'applique aux autres sciences modernes – revêt un aspect suicidaire. Car, de même qu'humanisme veut dire abolition de la nature humaine, c'est-à-dire élimination de toutes les caractéristiques de l'espèce, provoquée par le développement d'un système qui permet à l'homme, et donc l'y contraint en un sens, de faire fi, dans des proportions énormes, de la loi de sélection naturelle qui est l'antidote de la nature contre la décadence. Dire que nous vivons dans un monde où chacun est à moitié mort parce que personne ne meurt est évidemment une exagération, mais telle est du moins la tendance ; et en allant finalement à l'encontre de ses propres intentions, cette science est condamnée à n'être qu'une des nombreuses illustrations modernes de la vérité exprimée par la parabole des talents et selon laquelle : « à celui qui n'a rien, on enlèvera même ce qu'il a ».

Martin Lings, Croyances anciennes et superstitions modernes (p. 45-46)

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Published by Abou Marwan - dans Métaphysique
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