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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:50

    Tandis qu'assis au bord de la rivière qui sillonnait le jardin, je prêtais mon attention au langage muet des fleurs qui l'enrichissaient, tout à coup des voix éloquentes s'élevèrent des nids suspendus aux cimes des arbres à l'ombre desquels j'étais assis. J'entendis d'abord les tonalités mélodieuses du rossignol qui, voulant séduire par la beauté de son chant, laissait échapper les secrets qu'il avait cachés avec soin. Son gazouillement énigmatique sembla bégayer ces paroles :

    Je suis un amant passionné, ivre d'amour, dévoré par la mélancolie et consumé par la soif du désir. Lorsque tu vois le printemps arriver et la nature entière commencer à sourire, alors tu me trouves dans les jardins, rempli de joie ; alors tu m'aperçois tantôt ici et tantôt là dans les bosquets, soupirant mon amour, chantant et sautillant sans cesse sur les branches.

    Si l'on m'offre la coupe, j'étanche ma soif et, heureux des sons harmonieux de ma voix, ivre des odeurs embaumées que je respire, je me balance au rythme des branches dont les feuilles mobiles frémissent sous les caresses du zéphyr ; les fleur et la rivière qui traverse la prairie sont toujours dans ma conscience une infinie source de joie. Et à cause de cela tu imagines que je suis un amant folâtre. Tu te trompes ; cela, je le jure, et je ne jure pas à la légère. Mon chant a la tonalité de la souffrance et non de la joie. Les sons que je fais entendre sont les accents de la tristesse et non ceux du plaisir.

A chaque fois que je voltige dans un jardin, je murmure l'affliction qui va bientôt remplacer la gaieté qui y règne. Si je suis dans un lieu agréable, je gémis sur sa ruine prochaine ; si j'aperçois une société brillante, je pleure sur sa dissolution. Car jamais je n'ai connu une joie qui dure ; la paix la plus douce est bientôt troublée, la vie la plus délicieuse devient bientôt amère. D'ailleurs, j'ai lu ces paroles de vérité : « Tout passe en ce monde. » Comment, alors, ne pas gémir sur toutes les choses si incertaines, sur une existence exposée aux changements de fortune, sur une vie qui s'évanouit, sur un instant d'extase aussitôt terminé ?

    C'est pourquoi j'agis ainsi. Je pense que tu peux l'admettre.

Révélation des Secrets des Oiseaux et des Fleurs, Al-Muqaddasi

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Published by Abou Marwan - dans Spiritualité
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