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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 14:20

 

   Mais si la médecine a échappé à présent au contrôle humain, et ce, de plus d'une façon, l'aspect le plus sinistre de la situation est qu'elle a pris son importance pseudo-absolue en usurpant dans une très large mesure la place de quelque chose qui touche en fait à l'Absolu. Le monde moderne consacre au traitement des corps malades une inestimable réserve d'énergie qui, autrefois, était consacrée au traitement des âmes malades. Les hommes étaient élevés dans l'idée que toutes les âmes étaient malades, hormis quelques rares exceptions. Inutile de le dire, aujourd'hui aussi, il est admis couramment que beaucoup d'âmes sont malades et on nous répète sans cesse que le nombres des criminels et des déments augmente. Mais l'on considère à présent que la grande majorité des âmes, celle des gens honnêtes et sains d'esprit, sont en bonne santé ou en tout cas ne requièrent pour ainsi dire aucun traitement, et l'on suppose qu'elles sont plus ou moins à l'abri de la déchéance. On perd de vue l'abîme qui sépare cette prétendue « bonne santé » de la parfaite santé de l'âme et, d'une manière générale, on n'a qu'une très vague idée de ce que celle-ci pourrait être ; d'ailleurs, il ne semble pas non plus que les dernières générations en aient su davantage, elles qui ont vécu au cours des deux ou trois derniers siècles, dont le moralisme de plus en plus inintelligent et souvent superficiel devait inévitablement, au bout du compte, provoquer une réaction de scepticisme amoral.

   D'autre part, si nos ancêtres moins récents savaient si bien que leurs âmes étaient malades, et s'ils comprenaient si bien la nature de la maladie, c'était parce que leur civilisation était fondée sur l'idée de la santé psychique et dominée par la notion de l'âme parfaite. Et ils n'étaient pas les seuls car on ne peut pas vraiment dire que cette notion, basée sur des principes universels, ait varié d'un bout à l'autre du monde ancien, excepté là ou la religion avait dégénéré au point de perdre de vue l'objet même de son existence, qui est avant tout de réunir l'homme àsa source Absolue, Éternelle et Infinie. Partout où la religion garde cette fin en vue, la conception de la plus haute possibilité humaine reste nécessairement la même ; et, bien qu'il faille toujours tenir compte de certaines différences de formulation, les grandes religions du monde sont en fait unanimes à dire que celui qui, ayant réintégré l'état de l'Homme Primordial, a de ce fait recouvré la pleine santé de l'âme, se distingue essentiellement par la conscience qu'il a du « Royaume des Cieux en lui » : il n'a nul besoin de « chercher », car il a déjà « trouvé », nul besoin de « frapper », car déjà on lui a « ouvert » ; et, grâce à ce dernier acte, l'âme humaine, qui est semblable à un miroir, est capable de refléter les Qualités Divines et d'être, telle qu'elle fut créée, « à l'image de Dieu ».

  Martin Lings, Croyances anciennes et superstitions modernes(p. 46-47)

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Published by Abou Marwan - dans Métaphysique
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