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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 21:07

 

   La position la plus raisonnable que peut adopter celui qui s'intéresse à ce débat, et que l'on pourrait considérer finalement comme l'attitude du courant principal, est celle de la « séparation des magistères », un terme proposé par le biologiste Stephen Jay Gould (1941-2002). Ce la signifie d'abord – il faut le dire avec force – que, dans son domaine, la science est souveraine. Celle-ci décrit le monde par des théories qu'elle soumet à l'observation et à l'expérimentation. En se mathématisant, elle devient de plus en plus prédictive des événements et permet, au moyen de la technologie, d'agir sur eux. Enfin, en précisant les causes des phénomènes, la science a aussi produit une explication du monde. La science ne parle plus simplement du « comment » ; elle dit aussi le « pourquoi », plus exactement le pourquoi en termes de « causes efficientes ». Les énigmes expliquées deviennent des éléments nouveaux du savoir. Il est vrai que la résolution des énigmes suscite souvent d'autres énigmes, mais c'est justement le génie de la science que de pouvoir ainsi faire avancer « le front des connaissances ».

    De leur coté, les religions parlent du réel, mais en termes différents. Elles s'intéressent elles aussi au pourquoi, mais à un pourquoi d'une autre nature, celui des « causes finales », c'est-à-dire à ce que l'on appelle « la question du sens ». Leur langage n'est pas celui des mathématiques, mais celui des mythes, des paraboles et des symboles, mieux à même de retranscrire la complexité de l'expérience humaine face à la question du sens. Dans la compréhension que nous en avons actuellement, une religion ne cherche pas tant à « expliquer » le mystère de la destinée humaine, et donc du monde où celle-ci se place, qu'à l'approfondir indéfiniment, sans prétendre l'épuiser. C'est ainsi qu'elle déploie, notamment dans le cadre du commentaire des textes et de la théologie, un discours d’interrogation sur la réalité ultime (qui s’appelle « Dieu » pour le monothéisme), la place de l'être humain et sa liberté face au bien et au mal. Ses sources sont doubles : les textes sacrés et la tradition de la communauté d'une part, la raison et l'expérience humaine d'autre part. Dans son domaine, la religion est souveraine ; c'est-à-dire que son discours se situe plus ou moins explicitement sur un plan métaphysique, lequel constitue en quelque sorte un arrière-plan, qui n'est affecté par le discours scientifique que comme un décor est « réarrangé » pour permettre la libre circulation des acteurs sur la scène. La souveraineté de chaque religion est toutefois « bornée » par celle des autres religions. Dans ce contexte de séparation des magistères, le dialogue entre science et religion s'installe grâce à la philosophie, qui est une approche rationnelle du réel et de la connaissance, et qui fournit des outils intellectuels pouvant être utilisés par les protagonistes du débat.

 

                                                                               Abd-al-Haqq Guiderdoni, Science et religion en islam

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Published by Abou Marwan - dans Spiritualité
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