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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 22:25

 

    La philosophie moderne est ouvertement indifférente aux degrés supérieurs de l'univers ; en général, il serait préférable que des mots comme intellect et métaphysique soient conservés comme reliques du passé, tels les joyaux de la couronne dans un État qui, de royauté, s'est transformé en république. Mais de tels scrupules seraient trop peu flatteurs et ressembleraient trop à une trahison. Il serait peu élogieux de décrire un héros de la science moderne ou de la littérature comme « une personne très cérébrale » ; est ainsi, il arrive qu'un homme consacre une grande partie de sa vie à des activités totalement anti-intellectuelles, et parfois même en soutenant qu'il n'existe rien de plus élevé que l'âme humaine, et qu'il soit considéré cependant communément comme l'« un des plus grands intellectuels de notre temps ». Ce n'est pas que le mot ait réellement changé de sens, car l'époque n'est pas encore éloignée où Maître Eckhart déclarait : « Il y a quelque chose dans l'âme qui est incréé (…) c'est l'Intellect. »

    Il y a encore une différence entre appeler un homme « intelligent » et le qualifier d'intellectuel car ce dernier terme suggère quelque chose de mystérieusement élevé – d'où son prestige auprès des prétentieux. De même, lorsque le dictateur de l'Union Soviétique parle des « bienfaits matériels et spirituels du communisme », il préfère se contredire dans les termes (car un communiste, par définition, ne croit pas en l'Esprit) plutôt que de se résigner à la triste banalité d'exprimer ce qu'il veut réellement dire ; et, plus près de nous, en Occident, les humanistes, qu'ils soient athées ou agnostiques, sont tout aussi peu disposées à renoncer au mot « spirituel » qui tient encore une place importante dans leur rhétorique. Il ne manque pas non plus d'artistes et de critiques d'art aujourd'hui qui, quant une œuvre d'art est nébuleusement dépourvue de signification, n'hésiteront pas à la qualifier de « mystique ». Pourtant, si c'est la réalité que l'on veut – et le réalisme est censé être l'un des « idéaux » de notre époque –, alors il faut reconnaître que les fusées spatiales décollent d'un monde qui est, en fait, privé de tout mouvement ascendant vers les plans supérieurs, un monde dominé par une perspective qui, à bien des égards, est abyssale et, au mieux, totalement plate.

Martin Lings, Croyances anciennes et Superstitions modernes, p. 39-40

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 15:59

   Or nous gagnerions en lucidité historique, nous semble-t-il, à mieux évaluer la vie intellectuelle en Arabie aux VIe et VIIe siècles et à l'époque omeyyade. Terre d’accueil de communautés juives et judéo-chrétiennes, en contact permanent avec les grands centres de culture du Proche-Orient, l'Arabie avait depuis longtemps reçu les éléments principaux de la culture ambiante. Les débats évoqués dans le Coran sur la survie individuelle après la mort, sur le destin, la nature de l'esprit, etc., ne relèvent en rien d'une mentalité primitive. Certes, tous les Arabes n'étaient pas partie prenante de ces discussions. Mais il est légitime d'inférer que parmi eux des cercles – restreints sans doute mais influents- possédaient de vastes connaissances, non pas en sciences ou en philosophie grecque classique, mais dans ce savoir magico-gnostique syncrétiste qui constituait le fonds commun de la culture religieuse du Proche-Orient – en dehors des centres urbains contrôlés par les églises officielles bien sûr – et qui incluait l'astrologie, l'arithmosophie et bien d'autres sciences occultes. L'existence d'une telle élite à tendance ésotériste pourrait éclairer la soudaineté de l'éclosion d'une culture paraissant parfois achevée dès le moment de sa naissance, ce que matérialise en quelque sorte l'architecture islamique d'époque omeyyade avec l'achèvement du Dôme du Rocher à Jérusalem (692) ou de la Grande Mosquée de Damas (715). Elle expliquerait parallèlement aussi le rapide intérêt pour l'alchimie que suggère l'historiographie arabe évoquée plus haut : le terrain était préparé de longue date.

 

Pierre Lory, Alchimie et mystique en terre d'Islam(p.18-19)

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 21:47

[suite de la citation précédente]

    Dans l'Islam, celui qui rétablira apparaît dans plusieurs paroles du Prophète. Sans être nommé, il est appelé « le bien guidé », al-Mahdî ; et on peut présumer, vu l'immense amplitude de son autorité, que la venue du Mahdî sera le signal de l'accomplissement des espoirs éliatiques juifs et chrétiens. Les traditions islamiques attirent en effet l'attention sur une fonction planétaire qui, quoique située à l'intérieur de l'Islam, est d'une nature trop universelle pour ne pas se déployer au-delàà de ses frontières, et si ce n'est par une action délibérée et commandée, tout au moins par rayonnement. On ne peut pas exclure que des redressements actuellement impensables où que ce soit dans le monde, puissent, sous son égude, redevenir possibles, et en dehors de l'Islam aussi bien qu'à l'intérieur, dès que « le Jour de la Purification » aura supprimé les obstacles. C'est en référence à ce redressement préliminaire que le Mahdî doit effectuer comme anticipation au redressement messianique total, que Guénon a écrit le passage suivante : « Ce redressement devra d'ailleurs être préparé, même visiblement, avant la fin du cycle actuel ; mais il ne pourra l'être que par celui qui, unissant en lui les puissances du Ciel et de la terre, celles de l'Orient et de l'Occident, manifestera au dehors, à la fois dans le domaine de la connaissance et dans celui de l'action, le double pouvoir sacerdotal et royal conservé à travers les âges, dans l'intégrité de son principe unique. »

 

La Onzième Heure, Martin Lings

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 22:02

    De toutes les communautés traditionnelles encore actuellement plus ou moins vivantes, c'est probablement les Indiens d'Amérique qui sont, grâce à leur mode de vie ancestral, les plus sensibles à la sainteté du macrocosme. C'est pourquoi ils voient cette vaste destruction, qu'ils pensent imminente eux aussi, sous un angle purement positif, comme un acte divin de normalisation qui fera table rase de toutes les constructions par lesquelles l'homme a défiguré et désacralisé la face vénérable de la terre, – d'où l'expression du Jour de la Purification qui désigne chez eux cet événement, attendu depuis longtemps. Dans l'Islam, l'événement également prédit, et dans des termes que les Indiens trouveraient rassurants. Ceci ne doit pas nous surprendre, puisqu'en dépit des nombreuses différences entre ces deux perspectives, l'Islam est toujours resté profondément conscient de ses origines nomades. Il a en outre un double droit à sa prétention à la primordialité, l'un rétrospectif, en tant que retour à la religion préjudaïque d'Abraham, et l'autre prospectif, en vertu de sa place au seuil du nouvel Âge primordial. Le Coran déclare expressément qu'avant la fin toutes les villes seront soit totalement détruites, soit durement châtiées ; et on peut présumer que cela aura été précédé par une frénésie de développement urbain, car, lorsqu'on l'a interrogé sur les signes qui annonceraient la proximité du dernier jour, le Prophète a en particulier mentionné l'excessive hauteur des futures constructions humaines.

    L'expression « Jour de la Purification » suggère une possibilité de redressement avant la clôture du cycle ; et dans le tableau que dresse l’Évangile de la période qui précède la fin, il y a de même un élément qui, parmi tous les maux explicitement prédits, semble suggérer une raison d'espérer. Le Christ annonce calamité sur calamité aboutissant à « une grande tribulation telle qu'il n'y en a point eu de semblable depuis le commencement du monde ». Puis il ajoute ces paroles, que nous avons déjà citées : « Et si ces jours-là n'étaient abrégés personne n'en réchapperait ; mais, à cause des élus, ces jours-là seront abrégés. » Les versets qui suivent immédiatement sont aussi négatifs que ceux qui précèdent, et on les lit habituellement comme se référant à l'Antéchrist. Mais l'abrègement des jours par égard pour ces élus fait penser qu'après la destruction, ces élus pourront accomplir quelque chose, même si ce n'est que pour un laps de temps très court ; et dans ce contexte plus positif, nous pouvons nous reporter à la promesse de l'Ancien Testament qu’Élie reviendra avant la fin. Particulièrement appropriées sont alors les paroles de Jésus qui confirment : « Il est vrai qu’Élie doit venir et rétablir toutes choses. »

(à suivre)

La Onzième Heure, Martin Lings

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 21:43

 

   La plus récente des solutions providentielles au problème du gouvernement a été, il y a mille quatre cents ans, la fondation, à Médine, de l’État islamique primitif, donc le succès à ses débuts tient du miracle. Sa perfection initiale a cependant été de courte durée, mais, grâce à des archives détaillées, elle demeure aujourd’hui encore l'idéal, l'exemple et le critère. Aucun effort n'a été épargné pour la maintenir vivante dans la mémoire des hommes, et en un sens, c'est d'elle que l'Islam a vécu au cours des siècles. Incarnant pour ainsi dire les pratiques et directives de l'Envoyé de Dieu, cet idéal constitue la deuxième autorité spirituelle de la religion, la première étant la Révélation elle-même. Et la troisième, incomparablement moindre que les deux autres, sans aucun pouvoir pour promouvoir quelque changement fondamental que ce soit, réside dans un certain consensus des Musulmans eux-mêmes, de ceux dont l'option est sûre. Mais si l'Islam ne confie que peu d'autorité spirituelle à l'être humain, ce peu concerne tout le monde : c'est pourquoi on entend quelquefois affirmer que tout homme y est prêtre. De toute façon, l'Islam ne connaît pas la laïcité, donc ne coupe pas le pouvoir politique du pouvoir religieux, et on ne peut nier qu'il existe encore dans une multitude d'individus à travers le monde musulman une conscience aiguë et rigoureuse de ce que Dieu a ordonnée et de ce que le Prophète a recommandé. Après les quatre premiers califes, que l'on continue à révérer comme des saints, les plus hautes fonctions ont été occupées par des hommes dont un nombre relativement restreint étaient des justes. Le diction « Le pouvoir et le Paradis ne vont pas ensemble » en est venu très vite à être presque considéré comme un truisme. Mais la pénurie de chefs exemplaires n'a pu ébranler pour autant la structure immuable et adamantine de cette société théocentrique. Grâce à elle, et grâce à cette vigilance spirituelle largement répandue parmi les croyants, le monde de l'Islam a été capable de résister à certaines dures épreuves. Un conquérant païen comme Houlagou, petit-fils de Gengis Khan, a pu balayer la Perse, l'Irak et la Syrie, raser Bagdad, alors siège du califat, sans y laisser pierre sur pierre, et passer la plus grande partie de ses habitants au fil de l'épée, y compris le calife et toute sa famille – pour quel résultat ? En 1258 de notre ère, ces pays n'étaient gouvernables que d'une seule façon, et vers la fin du siècle, la dynastie mongole était devenue la championne de l'Islam et l'éclatante protectrice de ses arts. Telle est aussi la destinée qui attendait Tamerlan, conquérant peut-être encore plus destructeur, et ses successeurs du siècle suivant.

La Onzième Heure, Martin Lings

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 22:48

 

  Les paradoxes et contradictions manifestes de notre temps, époque érudite par excellence, ne sont peut-être nulle part plus flagrants que dans la littérature. D'une part, comme un vieillard devenu irrépressiblement bavard dans sa sénilité, l'espèce humaine produit un flot incessant de livres, et nous avons toutes les preuves qu'on écrit encore incomparablement plus que ce que l'on voit atteindre la publication. Aucune période de l'histoire ne peut, même de loin, entrer en compétition avec ce déluge, ni sous le rapport de la quantité ni sous celui de la profanation et de la futilité, – du manque de sens de réalité, si l'on préfère. La plupart des écrits sont d'ailleurs sans prétention, car ils ne revendiquent pas d'être davantage qu'un agréable passe-temps, et ils n'ont que peu d'espoir de ne pas être rapidement évincés par d'autres du même acabit. Ils partagent avec les mass mediala culpabilité de distraire l'homme de l'essentiel1, mais ils sont de loin beaucoup moins dangereux que les écrits de ces « héros » de l'actualité, héros littéraires, philosophiques et scientifiques, qui servent à endoctriner leurs lecteurs dans les diverses formes de l'erreur, et en général à les emprisonner dans les étroitesses de l'optique moderne.

  En même temps foisonnent ces ouvrages qui confirment cet aspect archiviste de la fin auquel nous nous sommes déjà référé. Une sorte de sentiment général qu'il faut tout préserver – sentiment qui semble plus collectif qu'individuel – a déclenché une inondation non seulement d'encyclopédies, mais aussi de traductions. Le travail investi dans les meilleures de ces « archives » n'est dans la plupart des cas qu'une participation passive à la sagesse de l'époque. Les raisons avouées en sont largement académiques ; mais cependant certains de ces classique traduits sont d'une grande valeur spirituelle, et le fait qu'ils soient actuellement disponibles offre un cadre providentiel aux ouvrages contemporains qui sont les représentants les plus directs de notre époque sous son meilleur jour, et qu'aucune autre époque n'aurait pu produire.

La Onzième Heure, Martin Lings


1 Sans oublier l'accusation que l'homme moderne manque du sens de sa responsabilité de roi envers son royaume végétal. On a calculé qu'il faut abattre une quantité énorme de grands arbres pour le papier nécessaire à publier un seul numéro d'un seul des principaux quotidiens new-yorkais, et dont pratiquement tout est jeté au rebut le lendemain.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 23:52

 

    Nous parlâmes longtemps, et j'appris beaucoup de choses ; il ne m'est pas permis de rapporter notre conversation. Cependant à une question sur le silence et le mystère dont s'entourait le Royaume de la Vie et les difficultés de parvenir à ce Centre souverain, il me fut répondu ceci :

   - « Tu t'inquiètes, mon Fils, de la difficulté que vous éprouvez, vous autres hommes, à trouver cette Vérité métaphysique qui vous échappe et glisse devant votre esprit inquiet. Pourquoi nous accuser du mystère ? c'est vous autres, hommes, qui fermez les yeux...

    La science ? la Paix ? la sereine splendeur de la gloire métaphysique ? mais elles vous entourent, vous pénètrent. Vous repoussez inconsciemment ce que vous désirez dans le fond de votre âme et de votre cœur. Aveugles et enfants que vous êtes ! vous demandez la Vérité ? oui, celle qui ne blessera pas vos habitudes, votre amour-propre, vos hypocrisie... vous désirez la Paix ? et vous réclamez la ruine de votre ennemi social ou religieux... vous cherchez la Science ? et les quelques lois naturelles que vous cueillez au hasard, au grand hasard de vos recherches, vous les utilisez aussitôt à vos œuvres de haine et de mort.

    Mon Fils, il faut avoir le cœur pur et la crainte des dieux pour sentir le souffle de la Paix. C'est un murmure qui demande, pour être entendu, l'apaisement du cœur... Il faut agir alors dans son corps comme beaucoup n'oseraient même agir en esprit. La Vérité est au delà de tout, et il faut tout briser pour atteindre le seuil de Son temple...

    Écoute, mon Fils, tu me demandais la raison de notre silence et de ce que tu appelles les mystères de l'Asie ; tu comprendras ceci plus tard, mais retiens et médite les paroles suivantes :

Autrefois, le centre du Maître des trois Mondes n'était pas où il est maintenant. Il y eut des époques, dans ce cycle, où la    Tradition de vie fut connue et adorée presque ouvertement ; le Centre spirituel du monde fut dans la vallée d'un grand fleuve ; puis Il se transporta, devant les flots montants des barbares, vers l'Orient, où il réside maintenant, subtil et caché, aux yeux des hommes...

    Combien ces époques passées furent glorieuses et belles ! Car le Maîtreest aussi le Seigneur de la Justice et de la Paix. Mais toujours les cycles noirs sont venus après les cycles blancs, selon les règles immuables du Destin... Dans ces temps où le sang couvre la surface de la terre révoltée, les Sages seuls connaissent l'existence de la terre bénie...

 

A l'ombre des Monastères Tibétains, Jean M. Rivière

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 23:04

 

  J'ai ainsi l'impression d'une organisation complète, rationnelle, méthodique, qui couvre tout l'Orient et l'unifie spirituellement et certainement aussi politiquement, malgré les divergences secondaires de race, de croyance, de religion. Derrière les symboles, les pagodes, les bonzes ou les lamas, il y a les Maîtres, les Gurus, les Nahldjorpas qui dominent l'Asie, Dieux vivants incarnés, détenteurs de secrets extraordinaires et d'une Sagesse qui n'est plus humaine... J'ai eu cette impression, autrefois, dans mes voyages en Afrique du Nord, (au Maroc surtout) et en Arabie du Sud, dans le Hedjaz et le Hasyr, devant la puissance spirituelle de l'Islam. Malgré les races, les nationalités, les situations politiques, le fidèle disciple de Mouhammed est d'abord Mahométan, puis ensuite français, égyptien, turc... Il y a des sociétés secrètes qui relient entre eux, par l'autorité de chefs en général inconnus, la multitude de ceux qui vivent sous le Croissant. Un mot, un signe et peut-être la vieille Europe, stupéfiée, verrait une étrange armée se lever dans tout le proche Orient... Selon des rencontres que j'ai faites, et des récits que j'ai parfois surpris, je crois que les chefs occultes de l'Islam et de l'Asie ne sont pas sans se connaître. Ce qui a sauvé jusqu'ici les civilisations occidentales des bouleversements est le fait que l'activité de ces chefs occultes est orientée spirituellement, et que certaines contingences qui auraient aussitôt soulevé l'Occident ont été appréciées à leur vraie valeur en Orient, où tout ce qui est matériel est justement considéré comme transitoire, éphémère et illusoire... Les buts des deux pensées de l'Orient et de l'Occident étant opposés, spirituels chez l'un et matériels chez l'autre, ce fut cela qui permit cet étrange empiétement de l'un et cette non moins étrange abnégation et passivité de l'autre. Il se pourrait fort que, certaines parties de l'Orient ayant goûté plus complètement au « poison » occidental, et ayant acquis ainsi les mêmes appétits de conquêtes individualistes, il y eût un violent sursaut de l'Oriental « matérialisé ». Peut-être le Japon pourrait-il servir d'illustration à mon affirmation...

 

A l'ombre des Monastères Tibétains, Jean M. Rivière

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 21:56

 

    « … Il faut avoir vécu en Asie pour comprendre et pénétrer l'âme de ces races. Il y a une telle barrière entre l'Orient et l'Occident ! Quelle incompréhension, quelles ignorances, quelles méconnaissances entre l'un et l'autre ! Tout ce que j'avais appris, lu, étudié, avant mon départ pour l'Asie, avant la grande expérience que je poursuis, tous me fut inutile...

    « … Les cerveaux sont de même matière grise, mais le mécanisme cérébral est totalement différent. Il y a chez vous des gestes, des associations d'idées, des principes de morale, des mœurs, qui sont inconnus en Orient ; or c'est cela qui crée la barrière entre les races de l'Ouest et de l'Est. De l'Asie, vous ne connaissez que des gestes incompréhensibles et vous les déformez ; vous avez rapporté des pages splendides des temples et des monastères asiatiques ; vos officiels les ont étiquetées selon leur manie et les grignotent, virgules par virgules. L'Art asiatique ? Dans vos musées et vos livre, vous l'avez rendu semblable à ces plantes des tropiques, rapportées de quelques explorations et que vous conservez, derrière des vitrines, dans des bocaux d'alcool...

    « Je suis parti en pèlerin pour l'Est, pèlerin étrange, car je n'allais rendre visite à aucun dieu, ni adorer aucune relique. J'avais soif de certitude et de Vérité. Et il me fallut tout oublier, redevenir un petit enfant, afin d'apprendre et surtout de comprendre.

    « La probité philosophique m'interdisait de ruser avec les mots. Je me suis donc incliné devant les faits ; il a fallu comparer ma sagesse universitaire à celle des Maîtres de l'Orient ; ce fut une faillite, car je ne savais rien, rien, rien... Je vous jure, très Cher, que votre solution du problème de la vie, est toute barbare. Ne me parlez pas des mouvements modernes de votre philosophie, de vos « nouveautés » qui vous semblent profondes, car je vous lirais des textes vieux de quelques trois milles ans et vous verriez...

    « Or c'est là où la barrière commence ; vous ne verriez pas ; vous ne pourriez pas voir, vous êtes aveugle. La Science de la vie ne peut être enseignée à tout le monde, car le problème étant formidable, et cachant une redoutable puissance, doit être ésotérique. Très sagement, les Maîtres de la pensée asiatique ont demandé aux téméraires inquisiteurs de la Vérité, une préparation longue, fatigante, monotone ; il fallait éprouver leur patience car les amants de la Déesse doivent être purs et fidèles. Ils ont mis une clé sur les livres de la Science ; et vous devez d'abord travailler à découvrir la Clé... Alors, si vous avez résisté au découragement, à l'ennui, à l'aridité des textes, aux obstaclesdressés sur vos pas par votre propre nature, vous serez illuminéau sens propre du mot... »

A l'ombre des Monastères Tibétains, Jean M. Rivière

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 21:06

 

  Le cheikh [Ahmad al-Alawi] raconte ceci au sujet d'un disciple du cheikh al-Bûzîdî :

  « Un de nos frères était troublé et embarrassé par le cas de Jacob et l'affliction où celui-ci fut plongé à cause de Joseph ; selon les termes du Coran : Ses yeux blanchirent de tristesse et il était accablé. Il me demanda comment Jacob avait pu éprouver une si excessive douleur et comment la beauté de Joseph avait pu détourner son attention de la beauté de la vérité, citant comme argument ces vers d'Ibn al-Fârid :

Si, aux oreilles de Jacob, on avait proclamé la beauté de Sa face

Jacob eût oublié la beauté de Joseph.

   « Je le laissai dire jusqu'à ce qu'il s'apaisât, puis je lui répondis : “Ce n'était pas pour la personne de Joseph que Jacob éprouvait cette douleur extrême, mais parce que Joseph était, pour lui, le lieu de manifestation de la vérité, de sorte que lorsque Joseph était auprès de lui, l'état de présence en Dieu de Jacob devenait plus intense. La vérité lui apparaissait en Joseph comme elle apparaissait à Moïse sur le mont Sinaï, au point que Moïse ne pouvait guère parvenir à l'état de grande intimité que lorsqu’il était sur la montagne, bien que Dieu soit présent en tout lieu. Il est avec vous où que vous soyez. De même, la beauté de la vérité se manifestait à Jacob sous la forme de Joseph, si bien qu'il ne pouvait supporter d'en être séparé, car celui-ci était devenu en quelque sorte le sanctuaire orienté de sa vision de Dieu. Pareillement, le Prophète a dit : ‘J'ai vu Dieu sous la forme d'un adolescent imberbe.’ De là, aussi, la prosternation des anges devant Adam que Dieu créa à Son image, et de là, encore, la prosternation de certains chrétiens devant Jésus pendant sa vie même et le fait qu'ils lui reconnaissent les attributs de la divinité. Toutes ces prosternations s'adressent à Dieu et à nul autre que Dieu, car la manifestation de Sa beauté peut être si intense en certaines formes que les imperfections humaines en sont effacées.

   «  Les hommes doués d'intelligence parfaite, les prophètes et les élus des saints voient Celui qui se manifeste dans la forme, non la forme elle-même, de sorte que leur connaissance, loin d'impliquer limitation et comparabilité, est une affirmation de Sa transcendance et de Son incomparabilité ; quand ils Le contemplent, sous quelque forme que ce soit, leur vision se rapporte à Son nom Azh-Zâhîr, l'extérieur ou le manifeste.

   « L'état d'intimité de Jacob avec Dieu devenait extrêmement intense quand il voyait son fils et, lorsqu'il le perdit, la vision directe ne vint plus aussi facilement. Ce qui explique son affliction.

   «  Tu devrais aussi savoir que si la vérité, sous certaines formes, apparaît clairement à Ses serviteurs, elle est néanmoins jalouse à cause de Ses autres formes en lesquelles ils l'oublient, car ils s'attachent alors à une forme limitée qui est bien souvent de la plus éphémère brièveté. C'est pourquoi, comme elle le fit pour Jacob, la vérité éprouve ceux qu'elle aime par la disparition soudaine de la forme, afin que leur vision puisse se tourner de la partie vers le tout. »

 

Martin Lings, Un saint soufi du XXe siècle

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