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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 09:45

   Ce qui mérite encore d’être noté, c’est que tous les soi-disant « réformateurs » affichent constamment la prétention de revenir à une « simplicité primitive » qui n’a sans doute jamais existé que dans leur imagination ; ce n’est peut-être là qu’un moyen assez commode de dissimuler le véritable caractère de leurs innovations, mais ce peut être aussi, bien souvent, une illusion dont ils sont eux-mêmes les jouets car il est fort difficile de déterminer jusqu’à quel point les promoteurs apparents de l’esprit antitraditionnel sont réellement conscients du rôle qu’ils jouent, ce rôle même supposant forcément chez eux une mentalité faussée ; au surplus, on ne voit pas comment la prétention dont il s’agit peut se concilier avec l’idée d’un « progrès » dont ils se vantent généralement en même temps d’être les agents, et cette seule contradiction suffit à indiquer qu’il y a là quelque chose de vraiment anormal. Quoi qu’il en soit, et pour nous en tenir à l’idée même de la « simplicité primitive », on ne comprend pas du tout pourquoi les choses devraient toujours commencer par être simples et aller ensuite en se compliquant ; au contraire, si l’on réfléchit que le germe d’un être quelconque doit nécessairement contenir la virtualité de tout ce que cet être sera par la suite, c’est-à-dire que toutes les possibilités qui se développeront au cours de son existence y sont déjà incluses, on est amené à penser que l’origine de toutes choses doit en réalité être extrêmement complexe et c’est là, précisément, la complexité qualitative de l’essence ; le germe n’est petit que sous le rapport de la quantité ou de la substance, et en transposant symboliquement l’idée de « grandeur », on peut dire que, en raison de l’analogie inverse, ce qui est le plus petit en quantité doit être le plus grand en qualité. Semblablement, toute tradition contient dès son origine la doctrine tout entière, comprenant en principe la totalité des développements et des adaptations qui pourront en procéder légitimement dans la suite des temps, ainsi que celle des applications auxquelles elle peut donner lieu dans tous les domaines ; aussi les interventions purement humaines ne peuvent-elles que la restreindre et l’amoindrir, sinon la dénaturer tout à fait et c’est bien là, en effet, ce en quoi consiste réellement l’œuvre de tous les « réformateurs ».

René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 21:03

Il est caractéristique de la langue arabe, manifestation probable de quelque particularité de la mentalité arabe, que la plupart des mots qui désignent le comportement humain soient des métaphores dérivées de la notion de mouvement le long d'une ligne droite. La Šarīʿa en est un exemple typique, auquel on peut ajouter celui de la Sunna, la Sīra, le Ṣirāṭ Mustaqīm du Coran, la arīqa des mystiques, lesquels sont tous des termes techniques de l'islam et beaucoup d'autres encore, tels que sabīl (une « voie » pour le droit), maḏhab (un « mode » de penser, donc une école ou secte), wağh (un aspect ou une manière, celle qui « fait face » à une certaine direction), ḍalāl (une erreur, qui fait dévier de la « voie »), maslak (le « cours » de l'action), dalīl (une preuve, ce qui montre la « voie »), etc.1

 

CARTER, Michael, 1972. « Les origines de la grammaire arabe », Revue des Etudes islamiques (RES), 40.

 

1 Des expressions comme nahğ al-balāġa, sīra, siyāsa, ṣawāb, qiṣṣa, mağāz, etc. prouvent par leurs étymologies que cette notion est profondément ancrée dans le mode de penser arabe.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 18:45

Louanges à Dieu qui crée et ressuscite, et qui fait ce qu'Il veut,

Lui qui est le Glorieux Maître du Trône,

dont la rigueur est implacable !

Guidant Ses serviteurs purs sur la voie orthodoxe et le chemin juste,

Il les gratifie du témoignage de Son Unicité,

et garde leur foi des ténèbres du doute et de l'hésitation.

Il les conduit à imiter l'exemple de Son prophète élu,

et à suivre les traces de ses nobles Compagnons.

Il Se révèle à eux dans Son essence et dans Ses actes

par Ses plus belles qualités,

que seul peut saisir celui qui prête attention et contemple.

Il leur enseigne qu'Il est, en Son essence, Unique sans associé,

Seul sans égal, Absolu sans contraire, Solitaire sans pareil.

Il est l’Éternel Unique, sans rien avant Lui ni après Lui.

Il est l'Infini, l'Immuable, sans début ni fin, ni interruption.

Il était et demeure qualifié des qualités de Majesté.

Il n'est pas atteint par la segmentation ni par l'extinction

qui touchent et séparent les époques et les générations,

car, en vérité, Il est le Premier et le Dernier,

l'Apparent et le Caché, l'Extérieur et l'Intérieur.

Sa Science embrasse toutes choses.

Al-Ghazâlî, Les piliers de la Foi Musulmane (traduction Jean Abd-al-Wadoud Gouraud)

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 22:40

   Les savants de l'Au-delà doivent se tenir à distance des détenteurs du pouvoir temporel.

   Le savant véritable évite de leur rendre visite tant qu'il à la possibilité de les fuir. Il doit prendre garde à ne pas les fréquenter, même s'ils viennent le voir. Car la vie présente est d'une douceur trompeuse, et les rênes du monde sont entre les mains des puissants. Quiconque les fréquente ne peut s'empêcher de les flatter et d'essayer de s'attirer leur grâce, malgré l'injustice caractérisée dont ils font preuve. Tout homme pieux doit faire des remontrances aux princes et autres chefs temporels, sans hésiter à les inquiéter en leur faisant voir les injustices qu'ils commettent, et en dénonçant ouvertement leurs forfaits. Quiconque se compromet avec les puissants du bas-monde sera inévitablement amené à rechercher leurs faveurs, méprisant ainsi le bienfait dont Dieu l'a gratifié, ou bien à se montrer complaisant envers eux, justifiant ainsi leurs péchés. Enfin, quiconque les fréquente se sent obligé d'adopter un langage affecté avec eux pour leur plaire, tombant ainsi dans un mensonge flagrant. Qu'il espère partager un peu de leur luxe, et il s'expose alors à un profit illégalement acquis.

Al-Ghazâlî, Le livre de la Science

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 19:31

[Les traits distinctifs des savants de l'Au-delà :]

1) Ne pas courir après les intérêts mondains au moyen de la science.

2) Les actes du savant de l'Au-delà sont cohérents avec ses paroles.

3) Le savant de l'Au-delà désire acquérir la science utile pour l'Autre monde, inspirant l'obéissance à Dieu.

4) Ne pas avoir un penchant pour le faste et le raffinement s'agissant de la nourriture, de la boisson, des habits et du logis.

5) Les savants de l'Au-delà doivent se tenir à distance des détenteurs du pouvoir temporel.

6) Le savant authentique, celui qui désire la Vie éternelle en Dieu, ne s'empresse pas de donner des fatwas à tout bout de champ.

7) Le savant de l'Au-delà se concentre prioritairement sur la science intérieure, ou ésotérique, sur la surveillance de son cœur, et sur la connaissance de la voie menant à la Vie éternelle.

8) Le savant de l'Au-delà a le soucis de renforcer la certitude réalisée en Dieu.

9) Le véritable savant est constamment triste et silencieux, l'air abattu, et sans cesse pensif.

10) Le savant de l'Au-delà consacre la plupart de ses efforts d'approfondissement intellectuel à connaître la nature des œuvres, et à savoir ce qui peut les altérer, perturber le cœur, faire naître les suggestions de l'âme, et exciter le mal.

11) Le savant de l'Au-delà utilise, en matière de sciences, son intuition spirituelle et sa compréhension grâce à la pureté du cœur, sans s'appuyer sur les livres, ou suivre aveuglément et bêtement ce qu'il a entendu d'un autre.

12) Se prémunis contre les innovations, quand bien même la plupart des gens les auraient acceptées.

   Voilà donc, en conclusion, quels sont les douze traits distinctifs et les qualités par lesquels se reconnaissent les savants de l'Au-delà. Chacun d'eux correspond à plusieurs caractéristiques qui étaient celles des savants des premières générations de l'Islam. Sois donc, cher Lecteur, de ceux qui possèdent ces qualités, ou au moins, de ceux qui, tout en les reconnaissant, admet son incapacité à les acquérir !

Al-Ghazâlî, Le livre de la Science

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 20:10

    Arabic ʿilm is fairly well rendered by our “knowledge”. However, “knowledge” falls short of expressing all the factual and emotional contents of ʿilm. For ʿilm is one of those concepts that have dominated Islam and given Muslim its distinctive shape and complexion. In fact, there is no other concept that has been operative as a determinant of Muslim civilization in all its aspects to the same extent as ʿilm. This holds good even for the most powerful among the terms of Muslim religious life such as, for instance, tawhîd “recognition of the oneness of God”, ad-dîn “the true religion”, and many others that are used constantly and emphatically. None of them equals ʿilm in depth of meaning and wide incidence of use. There is no branch of Muslim intellectual life, of Muslim religious and political life, and of the daily life of the average Muslim that remained untouched by the all-pervasive attitude toward “knowledge” as something of supreme value for Muslim being. ʿIlm is Islam, even if the theologians have been hesitant to accept the technical correctness of this equation. The very fact of their passionate discussion of the concept attests to its fundamental importance for Islam.

Franz Rosenthal, Knowledge Triumphant, The concept of knowledge in medieval Islam

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 13:47

  En fait, l’utilisation de choses permises à des fins d'ornementation n'a rien d'illicite. Cependant, une fois qu'à été prise l'habitude d'une certaine recherche de beauté, non seulement il devient difficile de se défaire de cette habitude, mais celle-ci amène inévitablement à commettre des péchés, tels la complaisance, le compromission, l'hypocrisie, et autres choses défendues. Il est donc plus sage d'éviter ces fioritures, d'autant plus que celui qui plonge dans l'apparat du bas-monde n'en ressortira jamais indemne.

Al-Ghazâlî, Le livre de la Science

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 22:28

   Pidginisation is a process in which a reduced variety of a language develops as a means of communication between speakers of different languages. They acquire a second language as their common means of communication in a short period of time without any formal teaching. Such a reduced language or pidgin may remain in use for a long time as an auxiliary language. When speakers of different languages start intermarrying, they communicate in the reduced variety and transmit it to their children. There acquire the pidgin language as their first language and through expansion and grammaticalisation creolise it, ie transform it into a new natural language or creole. Most known cases of pidginisation/creolisation involve Indo-European languages (English, French, Dutch, Portuguese, Spanish) that were turned into creoles by the slaves exported to the New World from Africa.

The Arabic language, Kees Versteegh

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 16:12

   On demanda à Hâtim Asamm comment il faisait la prière. « D'abord, répondit-il, je purifie mon corps en le lavant avec de l'eau, en même temps que je lave mon cœur avec la pénitence en faisant une purification interne. Ensuite, je me rends à la mosquée. En elle je vois la Kaaba, de même que dans la niche de prière (mihrâb) je vois le lieu où se tenait Abraham. Je distingue à ma droite le Paradis, à ma gauche l'Enfer, le pont du Sirât sous mes pieds, Azrâ'îl l'ange de la mort derrière moi. Alors que remets mon cœur à la garde de Dieu et, prononçant la formule d'entrée en prière « Dieu est grand » (takbîr), je joins mes mains pour la prière, que je fais debout dans une attitude suppliante ; je récite le Coran avec soin, je me prosterne en toute humilité, je reste assis avec persévérance en état d'oraison, et je finis par l'action de grâce et la salutation. »

Le mémorial des saints, Farîd al-Dîn Attâr

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 23:04

   Quelqu'un demanda un jour à al-Kindî : « Quel est l'homme le plus malheureux dans sa vie ici-bas ? » Il lui répondit : « Celui dont la volonté est d'acquérir les choses qui lui sont extérieures car, dans tous les cas, <il souffrira> d'une chose à laquelle il aspire et d'être privé <de la satisfaction> de l'un de ses désirs. Chaque chose qui lui échappe engendre un regret et chaque perte, une épreuve. Ces deux <sentiments> génèrent la tristesse et le chagrin, <sentiments> qui sont à l'opposé de la joie et de ma félicité. Or les opposés ne s'accordent en rien : quand l'homme est triste et <envahi> par le chagrin, sa joie et sa félicité disparaissent. Et celui qui est triste et envahi par le chagrin mène une vie d'infortune et, <dans ce cas>, se trouve malheureux dans sa vie ici-bas. »

« Les paroles d'al-Kindî » in Al-Kindî, Le moyen de chasser les tristesses et autres textes éthiques

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